Territoires

La bataille contre le feu s’organise

Le traumatisme de l’été 2026 a rappelé la nécessité de travailler à mieux prévenir le risque incendie. Sur le terrain, dans les couloirs du Parlement et dans les entreprises technologiques, on travaille d’arrache-pied à la mise en œuvre de nouvelles solutions.
Dossier coordonné par Samuel Ribot Le dimanche 1 novembre 2026
© Anton Petrus/ Adobe Stock

Une année catastrophique. Les chiffres des incendies qui ont secoué le pays en 2026 donnent une idée de l’ampleur de la catastrophe: 96.500ha de végétation (forêts, landes, garrigues et autres surfaces végétalisées) ont été touchés depuis le début de l’année selon le système européen Copernicus Effis (1). Une superficie qui dépasse de 45% celle enregistrée sur l’ensemble de 2022, pourtant marquée par des incendies d’une virulence exceptionnelle. 
La Gironde a payé le prix le plus élevé, avec 42.000ha parcourus par les flammes, dont 37.296ha ont été détruits (26.527ha forestiers). Ce qui la place largement devant des départements pourtant habitués à être la proie des incendies, comme le Var (6.269ha, dont 4.206 forestiers) ou les Landes (5.736 ha, dont 2.334 forestiers). Tous les milieux forestiers ont été impactés, des pinèdes de Gascogne aux feuillus de moyenne montagne en passant par les forêts méditerranéennes, leurs pins, chênes, garrigues et autres maquis. Mais le risque s’est aussi invité là où on ne l’attendait pas. En forêt de Fontainebleau, près de 2.000ha ont brûlé en juillet, soit environ 9% du massif selon l’ONF, semant la désolation et entraînant des atteintes graves à la biodiversité.

 



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500 M€
Selon France Assureurs, les incendies de Gironde, des Landes et du Var ont provoqué près de 25.000 sinistres, pour un coût assuré voisin de 500M€. Ce montant ne comprend pas les pertes de bois sur pied, les coûts de sécurisation, la remise en état des pistes et ouvrages forestiers, le reboisement ni les atteintes à la biodiversité.

 



Évidemment, la sécheresse et les températures extrêmes, en facilitant le départ et la propagation des feux, ont joué un rôle prépondérant dans ces catastrophes. Mais il va falloir désormais composer avec cette nouvelle donne, le changement climatique et ses ravages étant passés en quelques années d’une menace potentielle à une réalité. En la matière, la prévention reste le meilleur moyen de protéger nos forêts, nos landes et nos garrigues. Elle peut se jouer à l’échelle de la parcelle, via le respect des obligations légales de débroussaillement (OLD), mais aussi sur de plus vastes superficies. Dans les Landes de Gascogne, la défense des forêts contre les incendies (DFCI) repose ainsi depuis plusieurs décennies sur un réseau de pistes, de fossés, de points d’eau et d’équipements de surveillance. Cette organisation permet de faciliter la détection des départs de feu et l’intervention des secours. Les incendies de 2022 et 2026 ont cependant montré qu’elle ne suffisait pas, à elle seule, à contenir les sinistres les plus violents. À ce titre, c’est toute une organisation et, surtout, la question du recours aux compétences locale, qui mérite d’être repensée, comme en témoigne dans ce dossier le géomètre-expert Jean-Yves Mas. Dans le Var, autre région régulièrement touchée, le retour d’expérience de l’incendie de Gonfaron, en 2021 (plus de 6.800ha de végétation et de forêts détruits en dix jours), a mis en évidence l’intérêt des coupures agricoles et pastorales, qui peuvent ralentir la progression des flammes et réduire leur intensité. Ces enseignements ont conduit la préfecture et la chambre d’agriculture à élaborer un guide d’aménagement des coupures agricoles, validé en juillet 2025, qui précise leur implantation, leurs caractéristiques et leurs modalités d’entretien.


INGÉNIERIE FONCIÈRE ET TECHNOLOGIES DE POINTE
Des outils encore sous-utilisés pourraient aussi être mobilisés. C’est le cas de l’aménagement foncier agricole, forestier et environnemental (Afafe), procédure encadrée par un géomètre-expert, qui permet de réorganiser le parcellaire et de réaliser des travaux connexes, comme la création de chemins et d’ouvrages de protection des forêts. Placée sous la responsabilité des départements, une opération d’Afafe peut permettre d’améliorer l’accès aux massifs, de faciliter leur gestion et de contribuer à la prévention des incendies, particulièrement dans les territoires où la propriété forestière est morcelée. Un rapport parlementaire remis au gouvernement en septembre dernier place d’ailleurs le foncier au cœur de la politique de prévention. Un domaine dans lequel les géomètres-experts ont un rôle important à jouer. L’OGE a d’ailleurs choisi de se saisir de cette question et de travailler à mettre en valeur les compétences spécifiques des experts du foncier.
La technologie, enfin, constitue désormais une part essentielle de la réflexion. Des solutions faisant appel à de l’imagerie directe, à des capteurs autonomes, à des constellations de satellite, le tout boosté à l’intelligence artificielle, viennent désormais en renfort des spécialistes de la lutte contre les incendies. La sécurité civile et le Cnes (Centre national d’études spatiales) ont fait appel à un prestataire pour développer la plateforme FireWatch, qui permet de détecter les départs de feu, de suivre leur évolution et même simuler leur propagation en cartographiant les zones menacées. Le risque climatique étant malheureusement aujourd’hui toujours hors de contrôle, les acteurs de la lutte contre le feu ont compris que seule la prévention pouvait protéger le territoire et ses habitants.


(1) Système européen d’information sur les feux de forêt, développé par le Centre commun de recherche de la Commission européenne.
Sources: Copernicus Effis, VigieFeux, ministère de l’Agriculture, ONF.

 




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Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré à la lutte contre les incendies dans le magazine novendi n°14, novembre 2026, en consultant notre page «Le magazine».

 


 

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