« Nous sommes la plateforme de la profession »
Quel a été votre parcours avant de prendre la direction de Géofoncier?
Christophe Papin: J’ai un doctorat en vision par ordinateur obtenu à l’Inria de Rennes. Je suis passé chez le service R&D de Kodak, puis j’ai travaillé au sein du groupe Thales avant de rejoindre Siradel, une PME spécialisée dans les télécommunications. J’y ai participé au développement de nouvelles activités autour de l’aménagement des territoires et du jumeau numérique. Cela m’a amené à collaborer avec des collectivités et, ponctuellement, avec des géomètres-experts.
Quelles forces avez-vous trouvées en arrivant dans l’entreprise?
Ch.P.: D’abord, un socle humain et technique extrêmement solide. J’ai aussi pris la mesure de ce que représente Géofoncier: des milliers d’utilisateurs au quotidien, un volume considérable de données publiques et, surtout, les données uniques produites par les géomètres-experts, qui constituent une incontestable plus-value.
Dans un marché très concurrentiel, qu’est-ce qui vous distingue?
Ch.P.: Nous sommes un guichet unique de l’information foncière, mais notre singularité tient au fait que nous sommes la plateforme d’une profession. Une de nos forces est de donner accès à une quantité très importante d’informations foncières et immobilières à la parcelle, là où d’autres acteurs abordent les données à l’échelle du quartier, de la ville ou du territoire. Enfin, être porté par une profession réglementée constitue un gage de confiance, de rigueur et de qualité de service.
Comment vous tenez-vous au courant des besoins des géomètres-experts?
Ch.P.: Nos 19 délégués régionaux, tous géomètres-experts, nous remontent les besoins du terrain et relaient localement les informations concernant la plateforme. Nous participons à certains groupes projet du programme Ensemble, voté par le Conseil supérieur de l’Ordre, lorsque les sujets nous concernent. Cela nous permet de contribuer à la stratégie de la profession et d’apporter notre regard technique et notre connaissance du marché. Le support client, lui, nous indique ce qui fonctionne et ce qui doit évoluer.
Quels sont vos principaux chantiers de transformation?
Ch.P.: Nous avons choisi d’internaliser les développements logiciels de la plateforme, afin de gagner en autonomie et de mieux maîtriser la création de valeur et les risques. Nous travaillons à la refonte du portail expert et de l’application mobile. Enfin, nous développons une plateforme d’aide à l’aménagement foncier agricole, forestier et environnemental (Afafe) qui facilitera les pratiques participatives tout au long du chantier.
© Samuel Ribot
CHRISTOPHE PAPIN
«Pour nos clients, l’objectif est de proposer des agents IA spécialisés qui vont les accompagner aux différentes étapes d’un projet.»
Quelle place pour l’intelligence artificielle dans cette évolution?
Ch.P.: Nous l’utilisons dans quatre domaines: le support client, le développement logiciel, l’indexation en masse de documents et, demain, les services métiers. Pour le développement, les premiers essais montrent des gains de productivité impressionnants. Pour nos clients, l’objectif est de proposer des agents spécialisés qui vont les accompagner aux différentes étapes d’un projet.
À quoi pourrait ressembler ce service pour un géomètre-expert?
Ch.P.: Derrière une demande de division ou de bornage, il y a presque toujours un projet. L’idée serait de sélectionner une parcelle, de préciser ce projet, puis d’obtenir une analyse listant les contraintes juridiques et techniques, les points de vigilance et proposant des options d’aménagement. Nous disposons d’un grand volume de données structurées et de leur historique, mais nous devons mieux exploiter nos documents fonciers numérisés. L’IA pourra nous y aider.
Comment garantir la fiabilité de ces outils?
Ch.P.: Nos utilisateurs sont des professionnels exigeants, auxquels nous ne pouvons pas proposer un service insuffisamment abouti et fiable. L’objectif est de mettre de premiers agents fonciers à disposition des géomètres-experts pour une phase de test, idéalement avant la fin de l’année.
Vous réfléchissez aussi au jumeau numérique…
Ch.P.: Nous voulons permettre à l’utilisateur d’aller plus loin dans l’analyse de la parcelle et de son environnement: effectuer des diagnostics et comparer l’impact de scénarios d’aménagement à différentes échelles… À partir des données d’occupation du sol ou de la 3D, il est par exemple possible de calculer des indicateurs tels que la proportion de surfaces perméables ou imperméables, la présence de végétation ou le ruissellement et le potentiel photovoltaïque en toiture.
Où aimeriez-vous voir Géofoncier dans dix-huit mois?
Ch.P.: Géofoncier restera la plateforme des géomètres-experts même si l’entreprise a engagé en 2020 une ouverture vers d’autres professionnels du foncier et de l’immobilier. Nous proposerons plus de capacité d’analyse et d’accompagnement métier, depuis le portail expert ou sur le terrain. Je souhaite également renforcer notre capacité de recherche et développement. Nos revenus proviennent des abonnements au portail et d’achats de crédits. Je souhaite les compléter en monétisant l’exposition sécurisée de nos données et de certains services via des API, proposés aux géomètres-experts ou a des entreprises tierces sous des conditions d’accès et de tarification adaptées à leurs usages. Enfin, j’aimerais monter des projets collaboratifs afin d’obtenir des subventions R&D autour de l’usage de la donnée et de l’IA. Nous resterons une petite structure. Et dans un marché où de nouveaux acteurs peuvent développer une offre en quelques mois, notre réactivité sera déterminante.
«La sécurité est une exigence permanente»
«Nous avons subi une extraction automatisée et massive de données le 1er septembre dernier. Seules des données accessibles depuis le portail public ont été récupérées. Les données confidentielles, les mots de passe et les documents fonciers n’ont pas été concernés. Ce qui est positif, c’est que nos protections ont fonctionné. Nous avons néanmoins apporté des corrections à nos systèmes et je souhaite renforcer encore les mesures de sécurité, notamment par des tests d’intrusion réguliers. Pour une plateforme qui porte les données foncières d’une profession réglementée, la sécurité est une exigence permanente.»

