Potasse : l’autre minerai stratégique
Ne pas se fier à ce bleu azur. Cette image ne représente pas un lagon du Pacifique Sud, mais un site d’extraction de potasse. Indispensable à l’agriculture et moins controversée que les engrais azotés ou phosphatés, la potasse n’est pas pour autant sans impact, notamment en ce qui concerne son extraction. Le terme de potasse désigne en fait plusieurs sels riches en potassium, l’un des trois nutriments essentiels aux cultures avec l’azote et le phosphore. Elle renforce notamment les racines et la résistance des plantes à la sécheresse.
En 2025, la production mondiale a été de 49 millions de tonnes d’équivalent K2O — l’unité conventionnelle qui mesure la teneur en potassium des engrais —, soit 5% de plus qu’en 2024, selon le Service géologique des États-Unis (USGS). Le Canada en fournit 31%, devant la Russie (20%), la Chine (13%) et la Biélorussie (12%). À eux quatre, ces pays concentrent les trois quarts de la production. La ressource n’est pourtant pas rare: les réserves identifiées dépassent 5,9 milliards de tonnes d’équivalent K2O. La vulnérabilité de cette ressource tient à la localisation et à la profondeur des gisements, mais aussi aux routes d’exportation. Après 2022, les perturbations des flux russes et biélorusses avaient propulsé certains prix au-delà de 1.000 dollars la tonne. En juin 2026, le chlorure de potassium cotait 402,50 dollars la tonne au départ de Vancouver (Canada).
L’ENVERS DE L’IMAGE
L’extraction s’effectue en galeries, par dissolution du minerai à l’eau chaude ou par évaporation de saumures, notamment autour de la mer Morte, comme ici. Chaque procédé imprime sa marque sur le territoire. Selon les gisements, une tonne de produit peut générer de 1 à 5 tonnes de déchets solides et jusqu’à 1,1 tonne d’effluents liquides. Terrils salins, bassins de saumure, consommation d’eau, salinisation des rivières et risques d’affaissement constituent les principaux impacts de cette activité. La demande devrait pourtant continuer à progresser. L’USGS prévoit une consommation agricole de 45,3 millions de tonnes de K2O en 2029, contre 41,6 millions en 2025. Les capacités mondiales, elles, progresseraient de 66,1 à 77,4 millions de tonnes, principalement en Russie et au Laos. De quoi détendre le marché, certes, mais sans réduire sa dépendance à quelques territoires stratégiques.
Sources: USGS 2026, Banque mondiale.

